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« le handicap mental semble donner une vie faite de choses simples et c’est pourtant en partageant ces vies que l’on enrichit la sienne »

Saisir les handicaps

Un secteur peu investi sur le site est le handicap mental. De nombreux professionnels des APAS interviennent dans les établissements médico-sociaux : Instituts Médico-Educatifs (IME), Instituts Thérapeutiques, Educatifs et Pédagogiques (ITEP), Etablissements de Services et d’Aides par le Travail (ESAT, ex- CAT), Centre Médico-PsychoPédagogique (CMPP), Hôpital Psychiatrique, Maisons d’Accueil Spécialisé, Foyer Occupationnel, Services Autisme.

Ces établissements sont majoritaires par rapport aux structures dédiées au handicap moteur. Le handicap mental reste un concept générique qui regroupe des populations aux caractéristiques différentes :

  • La déficience intellectuelle est marquée par une capacité intellectuelle inférieure générant :
  • Lenteur dans le développement psychomoteur ;
  • Difficultés à s’adapter à la vie quotidienne ;
  • Problèmes de compréhension et d’utilisation du langage ;
  • Difficultés de compréhension de concepts généraux et abstraits ;
  • Pas de guérison mais amélioration probable du fonctionnement général grâce à une éducation et un accompagnement adaptés.
  • La maladie mentale est de l’ordre d’un décalage par rapport au réel :
  • Dérèglement d’un comportement « normal » au départ ;
  • Réactions émotionnelles inappropriées présentant des natures et des intensités variées (aiguë,
  • chronique, ou intermittente) ;
  • Distorsion de la compréhension et de la communication ;
  • Comportements inappropriés ;
  • Guérison envisageable dans certains cas grâce à des thérapies adaptées

Les intervenants en APAS participent à la prise en charge des différentes populations, avec un support original et aux bienfaits acceptés, qui est au carrefour de « l’éducatif », du « pédagogique » et parfois du « thérapeutique ».

Comment les APAS sont mis en œuvre face à une population en situation de handicap mental ? Quels sont les niveaux d’adaptation des pratiques ? Quelles sont les activités proposées ?

De la connaissance du public à l’adaptation

Pour répondre à ces questions, nous confronterons dans le tableau suivant les caractéristiques générales de la population aux propositions didactiques et pédagogiques mises en œuvre. La Classification Internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIH-2) nous a servi de base pour étayer nos propos.

Fonctions du tempérament et de la personnalité -Les personnes aux déficiences les plus marquées ont des tendances à l’introversion, même si ce n’est pas une règle. Les tempéraments sont souvent irritables, soucieux. Les personnes aux déficiences sévères ont la plupart du temps un tempérament inerte, peu expressif, et n’ont pas confiance et assurance. à créer des situations ludiques, simples et adaptées au niveau de compétence des personnes. Des situations dans lesquelles ils vont réussir, et donc prendre confiance dans l’activité et ressentir un sentiment de compétence.
Fonctions de l’attention -tendance à une baisse de la concentration dans les activités et surtout des difficultés à porter l’attention sur les informations pertinentes. En s’enfonçant dans la déficience, on peut noter un attention vite déplacée par d’autres stimuli. à il faut donner aux personnes peu d’informations à la fois, et mobiliser les personnes à s’attarder sur l’essentiel.
Fonctions de la mémoire -déficit en mémoire de travail :ils sont vulnérables à la rapidité et à la quantité d’informations à donner peu d’informations en s’assurant de leur compréhension. Laisser aussi les personnes exploiter leur propre solution.
Fonctions psychomotrices -pour les défiences moyennes et sévères, on peut observer des problèmes de latéralisation ou de structuration du schéma corporel à on s’attache à prendre du temps pour donner des repères corporels, à décomposer davantage le mouvement et utiliser la démonstration. Les coordinations, les dissociations des trains, des actions seront soutenues (notamment sur les exercices d’échauffement)
Fonctions émotionnelles -tendance à des réactions émotionnelles exagérées ou en inadéquation avec la situation vécue. à la gestion des relations est importante : relation à l’environnement, aux autres. Faire vivre des émotions partagées et donner les moyens aux personnes de pouvoir contrôler leur émotions dans des situations qui peuvent être ressenties comme anxiogènes.
Fonctions cognitives de niveau supérieur -des capacités d’abstraction très limitées voire absentes. Les personnes ont des difficultés à utiliser de façon spontanée des stratégies cognitives et métacognitives.(révélateurs à partir des déficiences moyennes). Des difficultés également à utiliser des acquis dans des contextes différents.

-un déficit pour coder et organiser les informations, ce qui peut donner des temps de réponses plus longs que prévus. à des situations avec des alternatives simples.

Développement sensorimoteur

Les personnes déficientes intellectuelles présentent souvent des déficits au niveau de la motricité. L’existence de troubles moteurs associés à la « débilité mentale » est une caractéristique qui a été notée très tôt. Déjà en 1800, Dupré qualifiait de débilité motrice cette maladresse propre aux déficients intellectuels. Cette déficience motrice se manifeste dès les premières années et s’accentue avec le temps. Une enquête, réalisée en 1967 aux États-Unis portant sur 4200 enfants déficients intellectuels éducables, a révélé que ceux-ci accusaient un retard de développement de leurs capacités physiques de 2 à 4 ans en moyenne par rapport aux enfants normaux du même âge . Au niveau des aptitudes physiques, 12% des enfants déficients intellectuels parviennent au niveau atteint par 50% des enfants sans handicap. (DePotter, 1985).

Le retard moteur peut varier en fonction du degré de déficience intellectuelle. Bunker (1978) a mis en évidence des différences individuelles extrêmes dans les performances motrices d’individus sévèrement retardés. Elle a noté une variabilité plus grande dans les mesures d’activités d’équilibre et au cours de tests de coordination motrice fine chez les enfants déficients que chez les enfants non déficients.

Les retards semblent se manifester aux différents stades du développement moteur

L’expectation

L’expectation fait référence au niveau de confiance de l’individu lorsqu’il s’engage dans une action. De par leurs nombreuses situations d’échec, les personnes déficientes intellectuelles ont souvent un niveau de confiance bas, ce qui ne facilite pas leurs apprentissages.

Exemples d’activités et comportements typiques observés

Rugby. 1 joueur avec le ballon doit aller applatir derrière une ligne bornée par deux plots.  Cette ligne est défendue par un défenseur muni d’un bouclier de protection.

Comportements : la consigne est comprise; la difficulté réside dans la prise d’informations en mouvement. En effet, certains joueurs vont involontairement sortir des limites du terrain et applatir derrière la ligne mais en dehors du terrain. D’autres vont aller au contact, le « le couple » formé par ce mini-regroupement se dévie, tourne, les positions s’inversent (le défenseur se trouve face à sa propre ligne d’en-but et l’attaquant dos à celle-ci). Le joueur attaquant n’a plus qu’à applatir car aucune opposition entre lui et le camp adverse (l’en-but) n’est présente. pour autant, l’attaquant continue à opposer une force au défenseur.

Gymnastique d’entretien. des exercices de type montée de genoux, fentes avant, balancers sont proposés aux personnes déficientes. L’éducateur demande dans un premier temps de travailler des fentes avant sur la jambe gauche. Lorsqu’il demande aux personnes de montrer la jambe gauche, les 3/4 désignent la mauvaise jambe. L’erreur est souvent due à un fonctionnement en  »miroir »(l’éducateur se trouve en face des personnes) et surtout par une connaissance faible du schéma corporel.

Sur des mouvements avec « batôn », l’éducateur poropose de réaliser sur 10 répétitions une séquence de mouvements: 1. engin tenu bras tendus devant soi (hauteur poitrine), 2. ramener au niveau du sternum, 3. élévation des bras tendus au dessus de la tête. La séquence pose des difficultés dans l’orde d’exécution; le mouvement 2 est « oublié » chez certaines personnes déficientes, d’autres réalisent correctement les deux premiers mouvements, mais retendent les bras devant eux et reviennet à la position de départ (le mouvement 3 n’est donc pas réalisé même si les personnes pensent que la séquence est réalisée puis qu’elles se trouvent au même point d’arrivée!).

Ici les faibles capacités de la mémoire de travail révèlent en partie ces erreurs. L’enchaînement des flexions et des extensions dans des plans différents dans l’espace est diffcile. Le schéma corporel est peu structuré; le positionnement des mains sur l’engin (pronation-supination, l’écartement) ainsi que la perception des limites articulaires (sur le mouvement 3, perçoivent-elles la sensation d’avoir les bras tendus ? Sentent-elles les omoplates qui se rapprochent sur la flexion du mouvement 2 ?) conduisent souvent à des réponses motrices erronées.

La disproportion des réponses émotionnelles sont aussi significatives. Le simple fait de descendre une légère butte (3-4m avec un dénivelé à 20%) est parfois une épreuve « anxiogène » pour quelques personnes déficientes.

Le « A » majuscule d’adaptation

Ainsi, la relation pédagogique prend tout son sens dans les interventions auprès de personnes en situation de handicap mental. Valoriser les capacités (et non révéler « publiquement » les incapacités), mettre en avant la personne en lui donnant un rôle de démonstrateur (et ne pas toujours prendre la personne la plus « apte physiquement »), attribuer les réussites aux seules compétences des personnes (et parfois les échecs à des éléments externes: malchance, difficulté trop grande..), encouragements à se dépasser, voir les comportements en « positif » sont des « routines pédagogiques »incontournables.

Les caractéristiques des personnes en situation de handicap mental-aussi hétérogènes et variables soient-elles- exigent une adaptation fine des contenus proposés. L’enjeu est autant d’assurer la sécurité des participants que de provoquer et maintenir un engagement dans des situations qui vont d’emblais ou progressivement vers la réussite. L’analyse critique des interventions et la remise en cause seraient synonymes « d’adaptation intelligente » de la part des intervenants qui composent avec la fragilité de l’équilibre psychologique et psychique des personnes déficientes.

NB: des exemples de séances et de contenus dédiés à certaines activités physiques sont disponibles dans le « doku-wiki » partie « intervention ».

Publié dans : Développement des APA,Dossier par David
 
       

Il y a 5 commentaires

Commentaires

je suis content de trouver un article aussi intéresant sur le handicap mental et le sport!!

Merci!!

Pas surpris que le site soit peu investit par les professionnels du handicap mental car depuis 1975 on peut dire que les postes liés aux activités physiques pour les personnes en situation de handicap mental se sont fortement développé,mais avec un mode de fonctionnement un peu particulier ,bien souvent les postes sont occupés par des prof eps de collège ou de lycée qui effectuent des vacations dans les structures type IME IMPRO ESAT ou par des éducateurs spécialisés titulaire de brevet d’état ou de diplomes fédéraux qui « couvrent » les pratiques.
Rien n’est jamais très clair dans ce secteur..

Sujet très intéressant…Travaillant avec un public déficient léger, je vais essayer d’ajouter un article concernant cette population!

Ce n’est pas que le site ne soit pas investi par les professionnels travaillant dans ce milieu (moi-même y travaillant), c’est seulement que le handicap mental fait peur. Les étudiants n’osent pas faire de stages car je cite, « j’ai peur de ne pas y arriver ; peur de ne pas savoir leur parler », etc … Par conséquent, on n’en parle pas.

Ce public est vraiment GENIAL, attachant, et selon les structures, les directeurs, ce sont des professuer d’EPS (convention 66) qui y travaillent.
Nous pouvons faire TOUTES les activités physiques enseignées en milieu ordinaire, si ce n’est qu’il faut ADAPTER les consignes, et modifier les objectifs. Mais la base est la même.
Personnellement, travaillant dans un IMPro, je leur fais, la plus part du temps du sport comme si je m’adressais à des petits de maternels/école primaire, alors que ce sont des ados de 12 à 18 ans.
Oui, ils sont différents mais ce sont les gens qui ne les connaissent pas qui les rendent différents car eux, se sentent normaux.

Donc pourquoi ne pas travailler avec eux ??

Effectivement, c’est un domaine qui n’est pas beaucoup traité. Je travaille dans une assocaition du milieu médico-social. Je coordonne les APS sur l’association (40 établissements). Nous mettons des projets afin de favoriser un maximum l’intégration dans les clubs ordinaires. Nous avons signé une convention avec la filière STAPS afin d’ouvrir la formation au handicap mental. Il y a certes quelques réticences de la part des étudiants, mais cela est du un défaut de connaissances de cette population. C’est dommage car il y a tant de choses à réaliser dans le handicap mental.
Je vais essayer de publier des articles sur des études réalisées par des étudiants accueillis dans nos établissements. Mais, ce n’est pas toujours évident, faute de temps.
En tout cas, nous sommes toujours preneurs d’étudiants en stage. C’est à la fois bénéfique pour nous, professionnels.
Venez travailler avec des personnes déficientes intelectuelles. C’est formidable et on passe de moments vraiment fabuleux. Surtout par rapport au retour des personnes. C’est génial de les voir prendre plaisir aux activités.
Intéressez-vous au handicap mental et vous verrez, ces personnes sauront vous le rendre.

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